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Je me souviens du jour où j’ai créé mon compte Facebook.

C’était en 2007 et j’étais en secondaire 2.

C’était le nouveau buzz et j’étais vraiment intrigué par cette innovation dans la manière d’interagir collectivement. Cela a complètement teinté ma vision du monde, grandissant avec la montée en flèche des technologies et des réseaux sociaux.

Être à la fois émetteur et récepteur : rester en contact avec mon réseau d’amis tout en le suivant en temps réel.

Incroyable, non?

À cette époque, j’étais loin de me douter de l’ampleur des changements managériaux et sociétaux qu’une compagnie comme Facebook allait amener.

Je prends l’exemple de Facebook, mais lors des dernières années, nous vivons littéralement un changement de paradigme énorme, notamment lié à l’évolution des modèles de gestion de plus en plus agile et l’avènement de technologies et de nouveaux types d’organisations innovantes.

En 1995, Airbus, General Motors et Procter & Gamble figuraient parmi les entreprises les plus importantes du Fortune 500. À noter ici que ce sont toutes des entreprises manufacturières avec souvent plus de 20 niveaux hiérarchiques.

Si on prend ce même classement aujourd’hui, toutes ces sociétés très pyramidales ont totalement été balayées et remplacées par des start-ups innovantes et à forte croissance telles que Facebook, Google, Apple, Amazon.

Mais, pourquoi ces changements sont survenus?

Nouveau rapport à la technologie

C’est durant mon parcours à HEC Montréal que j’ai appris l’outil d’analyse PESTEL. L’acronyme présente les facteurs macro-environnementaux qui peuvent impacter une entreprise : (Politique, Économique, Sociologique, Technologique, Environnemental et Légal).

Pour un étudiant, il était difficile pour moi de voir la valeur et l’utilité derrière ce cadre d’analyse stratégique, peut-être par sa nature encore une fois trop théorique.

Aujourd’hui, je comprends l’intérêt et l’application concrète de l’outil dans les changements sociétaux que nous vivions.

D’après le ESSEC Business School, les leaders d’organisations citent systématiquement la technologique comme étant le facteur le plus impactant aujourd’hui et dans le futur parmi tous les facteurs PESTEL.

Une étude réalisée en 2015 par le Forum Économique Mondial démontre qu’en réalité, le facteur technologique est sous-jacent à d’autres facteurs à plus grande importance

  • Environnementaux : La venue de crises écologiques majeures dans les prochaines années à venir.
  • Économique : Augmentation du chômage avec la venue des technologies

Pourquoi le facteur technologique est perçu comme la principale menace chez les leaders?

Loi de Moore

En sommes, cette loi stipule que tous les 2 ans, la capacité de stockage, de traitement et la rapidité de diffusion de l’information sont multipliées par deux. Cela engendre du nomadisme, dans la mesure où un employé peut maintenant travailler de manière délocalisée utilisant différents supports et générer des capacités de traitement des données et des résultats incroyables.

Loi de Metcalfe

Dans le monde digital, un client acquis est en réalité bien plus qu’un client acquis, puisqu’il y a de fortes chances que ce client convertira d’autres membres son réseau. Cela signifie qu’on peut rapidement acquérir un nombre impressionnant de clients rapidement, ce que le monde physique ne permettait pas.

À ne pas négliger, le téléphone intelligent est devenu également partie intégrante de nos vies professionnelles et personnelles, favorisant la communication, la collaboration et le travail à distance.

De plus, nous avons vécu l’éclosion de multiples technologies entre 2013 et 2014 :

  • Le cloud
  • Les imprimantes 3D
  • l’Internet des objets
  • La réalité virtuelle
  • La réalité augmentée
  • Le Blockchain
  • L’intelligence artificielle
  • L’automatisation.

Toutes ces raisons font en sorte qu’aujourd’hui, le monde numérique transforme et impacte nos vies, ce qui change notre regard ainsi que notre rapport au modèle de gestion et à la technologie. L’espace se rétrécit et le temps s’accélère sous des principes d’impatience et d’immédiateté.

Qu’est-ce que l’innovation appliquée au management?

Au moment où l’on se parle, les entreprises doivent adapter constamment leurs modes de managements dû à l’évolution de la société et aux besoins évolutifs de leur organisation. 2 notions caractérisent l’évolution très forte des modèles de gestion :

La notion CODI

C’est l’association du collaboratif et du digital. L’objectif est de faire participer différentes parties prenantes à l’émergence de solutions novatrices et à la prise de décision dans un contexte de révolution et transformation digitale.

La notion Opt-in

C’est la symbiose entre l’optimisation et l’innovation. Cela devra faire partie intégrale de toutes les stratégies d’affaires aujourd’hui : innover ses processus internes en les optimisant tout en étant constamment en quête d’innovation pour assurer la pérennité de son entreprise.

Le théoricien Gary Hamel propose une réflexion pertinente en mentionnant qu’il est impossible de faire de l’innovation sur des produits, sur des procédés, sans faire de l’innovation sur le management et il souligne que l’innovation managériale arrive en amont de tout processus d’innovation.

C’est donc primordial d’en tenir compte avant même de penser à de l’innovation produit.

 Plus précisément, la gestion de l’innovation a comme objectif d’inventer de nouvelles pratiques de coopération en tenant compte des évolutions sociétales.

 Comment y parvenir?

 Le sociologue George Simmel appréhende la notion de coopération comme étant l’intersection du partage d’objectifs communs et de l’appréciation collective globale.

 Un contexte favorable à l’innovation, n’est-ce pas?

Chaque innovation liée au management est conçue et réfléchi pour des 4 objectifs précis :

  •  Faire rayonner la collaboration
  • Stimuler l’intelligence collective
  • Favoriser l’émergence de solutions novatrices
  • Améliorer le développement de processus et pratiques de gestion

Pour opérationnaliser ces finalités, un certain nombre d’outils et de méthodes existent pour nous aider. On peut participer à des ateliers de Design Thinking, des Boorask à la Carte, à des Hackathons, on peut utiliser des réseaux apprenants, des ateliers immersifs et participatifs et j’en passe.

L’important ici c’est de retenir que la gestion de l’innovation, c’est avant tout réinventer la coopération entre les parties prenantes de votre organisation en stimulant la spontanéité, l’énergie, la motivation et l’engagement des collaborateurs contribuant au succès de votre entreprise.

De l’entreprise traditionnelle à l’entreprise ouverte et apprenante

Les modèles organisationnels sont en pleine mutation, notamment due à l’évolution de la société et la démocratisation du savoir. De nouveaux modèles d’affaires se créent dans un contexte d’hypercompétitivité où les barrières à l’entrée ont énormément diminué et les joueurs se sont multipliés.

Auparavant, l’entreprise traditionnelle était cadrée dans une structure hiérarchisée et silotée en département dont l’objectif était la maximisation des profits par l’optimisation des activités et de développement internes. C’est un système en recherche de stabilité sous différentes contraintes.

Caractéristiques de l’entreprise traditionnelle :

  • Unicité de commandement : Pour éviter les potentiels risques de confusion.
  • Coordination hiérarchique verticale entre la direction et les employés.
  • Centralisation des décision, supervision accrue et mécanisme de contrôle.
  • Spécialisation et spécification des tâches et fonction des postes.
  • Standardisation des processus et mesures pour contrôler.
  • Distinction entre le travail préparatoire et l’exécution.

 Je remarque que l’entreprise, tout comme l’homme, évolue dans le temps en s’adaptant à son environnement changeant, aux menaces externes, mais également aux opportunités qui se présentent à elle.

Aujourd’hui, l’environnement socio-économique auquel les organisations doivent faire face est de plus en plus complexe, les obligeant à innover constamment pour demeurer compétitifs :

  • Dynamique : Les évolutions technologiques et techniques sont de plus en plus rapides et il n’est plus viable et difficile de reproduire des expériences passées.
  • Incertain : Il faut être prêt au pire, dans un environnement où il y a des changements en permanence.
  • Complexe : L’hypercompétitivité et la venue d’innovation disruptive complexifient l’environnement socio-économique dans lequel nous vivons.
  • Mondialisé : La concurrence internationale pousse les entreprises à innover pour se démarquer, demeurer compétitif et acquérir de nouveaux marchés.

L’entreprise de demain devra repenser à son modèle de gestion pour harmoniser la collaboration de leurs ressources humaines de manière à résoudre collectivement leurs enjeux complexes.

Les 6 dimensions de l’entreprise de demain

De tels changements dans l’environnement ont poussé les organisations à adapter et réinventer leurs modèles de gestion vers des systèmes plus ouverts et structurés pour faciliter la mise en place de pratiques innovantes de gestion. Ces systèmes ouverts et apprenants se caractérisent par 6 dimensions :

Collectivité

o  Tous les employés ont du potentiel énorme, des capacités et compétences, de l’intérêt réel pour leur emploi, un sens des responsabilités et une réelle envie de contribuer à la mission de leurs entreprises.

Connecté

o  La transformation numérique que nous vivons pousse les organisations à réinventer les échanges, interaction entre les collaborateurs à plusieurs niveaux : processus de recrutement, formation, collaboration sur des projets.

Collaboratif

o  Favoriser la coopération, l’engagement au travail et la valorisation des différences au détriment du travail en silo, des processus de contrôle direct et de la conformité sociale.

Créativité

o  Chaque collaborateur est créatif et c’est en encourageant des initiatives d’expérimentation que l’apprentissage et l’innovation émergent.

Culturel

o  Management axé sur les valeurs et sur la valorisation de la diversité des profils tout en validant la compatibilité motivationnelle et culturelle des employés.

Critique

o  Regard et exigence beaucoup plus importants sur des questions éthiques, environnementales et de responsabilité sociale.

L’entreprise de demain repose sur un système plus ouvert où la valeur est beaucoup plus axée sur l’expérience client et la coopération entre les collaborateurs.

Fini l’époque de la carotte et du bâton.

Fini le temps où l’on fait simplement appliquer puis exécuter sans se poser de questions.

Désormais, les organisations ouvertes et apprenantes favorisent l’apprentissage en continu plutôt dans une optique Test and Learn. Les entreprises de demain misent sur la coopération soutenue entre les collaborateurs en leur donnant l’espace créatif et l’environnement favorable pour contribuer au rayonnement de ceux-ci.

Les minorités comme catalyseur d’innovation

Traditionnellement, on peut s’entendre que l’influence, les attitudes et pratiques prédominantes d’un groupe sont dictées et régis par la majorité de celui-ci.

Toutefois, les travaux de Serge Moscovici en psychologie sociale suggèrent une piste de réflexion intéressante sur ce phénomène en enrichissant notre compréhension sur les processus de gestion d’innovation au sein d’un groupe précis.

Il propose que tout membre d’un groupe, peu importe la nature de son poste, est à la fois source et récepteur potentiel d’influence sociale. Il encourage une dynamique collective où les minorités, souvent silencieuses et laissées de côté, ont énormément de potentiels et de compétences pour nourrir et favoriser l’innovation.

Comment s’opère une telle dynamique?

  • Valorisation des différences : Préservez les normes, valeurs et compétences des différents acteurs l’entreprise.
  • Limitation du risque de domination culturelle : Le leadership doit veiller à éviter l’unicité culturelle au sein de la société.
  • Ouverture d’esprit : Développer son ouverture à l’autre et approfondir la compréhension mutuelle entre les membres d’un groupe.
  • Problématisation : Concept développé par Callon et Latour, qui stipule qu’il faut faire prendre conscience à un certain nombre d’acteurs qu’ils sont concernés par un problème d’ampleur et qu’ils ont avantage et intérêt à coopérer à résoudre collectivement et par itération leurs problématiques.
  • Favorisation d’un mode de participation spontanée
  • Admettre ses propres faiblesses pour légitimer les contributions de l’autre. La majorité doit reconnaître la limite de leurs champs d’expertise face à un sujet de manière à harmoniser la coopération et valoriser les initiatives fortes des minorités

Il est important d’inclure et d’équilibrer la coopération interdisciplinaire des membres de votre organisation autour de la résolution des enjeux complexes

À retenir

  • L’évolution très (trop) rapide de la puissance ainsi que des effets de levier qu’offre la technologie bouleverse totalement nos vies et celles des organisations.
  • 2 notions caractérisent l’évolution très forte des modèles de gestion :CO-DI C’est l’association du collaboratif et du digital. Deuxièmement, Opt-in pour l’optimisation et l’innovation. Selon Gary Hamel, il n’est pas possible de faire de l’innovation produite sans faire de l’innovation sur le management, ce qui fait tout son sens à mes yeux.
  • Face à un environnement instable, dynamique, complexe et de plus en plus mondialisé, l’entreprise traditionnelle devra repenser son modèle de gestion pour s’adapter au nouveau contexte concurrentiel, sous 6 dimensions : Collectivité, connectée, collaborative, créativité, culturelle et critique.
  • Chaque membre d’un groupe, peu importe la nature de son poste, est à la fois source et récepteur potentiel d’influence sociale. En tant que leader, il faut veiller à mettre en place des mécanismes pour favoriser la contribution de tous pour faire de l’innovation un réflexe et une réussite.

Antoine Bourassa est le fondateur et président de Boorask Innovation. Il facilite l’émergence de solutions novatrices en harmonisant la collaboration par le rayonnement des ressources humaines pour résoudre les enjeux d’affaires complexes que font face les organisations. Facilitateur et communicateur aguerri, son dynamisme, sa rigueur professionnelle et son attitude positive sont mis en valeur lors d’accompagnement stratégique avec l’équipe de direction d’entreprises ambitieuse.